L' État de siège , de A. Camus
Reprenant le mythe de la Peste, L’État de siège (1948), spectacle baroque, fait éclater les structures traditionnelles du théâtre et incarne aussi une réalité historique et politique. En situant la pièce à Cadix, Camus entend rappeler que sous Franco, l’Espagne sa «seconde patrie » , n’est pas un pays libre et, à travers cette localisation symbolique, rendre hommage à tous ceux qui s’élèvent contre la dictature. " ...aucun homme sensible n'aurait dû être étonné qu'ayant à choisir de faire parler le peuple de la chair et de la fierté pour l'opposer à la honte et aux ombres de la dictature, j'aie choisi le peuple espagnol. La France a livré à Franco des républicains pour qu'ils soient fusillés, les évêques espagnols bénissaient les fusils des exécuteurs.....".
Le sentiment de l'absurde, soutenue par l'histoire, entraîne le mouvement de la révolte. D'abord d'ordre individuel, elle devient collective de son propre élan et sous la pesanteur historique elle trouve une certaine logique.
A.Camus : "... Il doit être clair que l'état de siège n'est à aucun degré une adaptation de mon roman...". " ....Il ne s'agit pas d'une pièce de structure traditionnelle, mais d'un spectacle dont l'ambition avouée est de mêler toutes les formes d'expression dramatique depuis le monologue lyrique jusqu'au théâtre collectif, en passant par le jeu muet, le simple dialogue, la farce et le choeur...". ".....S'il est vrai que j'ai écrit tout le texte, il reste que le nom de Barrault devrait, en toute justice, être réuni au mien. Il me revient de dire clairement que je reste le débiteur de Jean-Louis Barrault."
J-L Barrault
: "... Parmi les pièces que nous avons montées, je garde une certaine prédilection, sans aigreur, ni entêtement, ni défi à deux fours: l'État de siège, de Camus,et Lazare, d'andré Obey."
Antonin Artaud
: " .....Comme la peste, le théâtre est....un formidable appel de forces qui ramènent l'esprit par l'exemple à la source de ses conflits." Il cite Saint Augustin qui compare le théâtre à la peste, et même le trouve pire "..... puisqu'il s'attaque non pas aux corps, mais aux moeurs."
De la critique de la nounou du 1 Août, à part l'orthographe, une conclusion me laisse perplexe       " Belle réussite, toute en symbiose." !?
Face à Diégo, le héros positif qui vient à bout de la Peste, un bouffon Nada (rien), le zéro absolu. Il a répété avec des psychiatres probablement, pour provoquer avec faconde de telles théories de bravades, crâneries, craintes, défis, doutes, hâbleries, forfanteries, fanfaronnades, intolérances, méfiances, provocations, réserves, vantardises, rodomontades, suspicions, sectarismes, dans un rôle de décomposition. Après avoir vécu dans l'abjection, il choisit le suicide en se jetant dans la mer ; pour finir comme un congre. Ben ? Ouigre !

Entretiens avec des spectateurs, en particulier Florian co-responsable du Squat et Olivier de la Bibliothèque Municipale ( il a conçu et réalisé le site des Amis de la BM ).

L'adaptation, le découpage étaient bien travaillés. Il semble que la représentation ait comblé le public, les acteurs étaient contents d'eux et cela se ressentait sur scène.
L'enceinte du Château de Naillac à la tombée de la nuit était bien trouvée pour présenter une oeuvre aussi forte, et mettait totalement en valeur la pièce et les idées essentielles qu'elle défendait. Le jeu et le maquillage pouvaient paraître un peu durs et pesants, mais on pense que c'était voulu pour accentuer les sentiments et les pensées profondes de chaque personnage.
Le thème central de la pièce est récurrent chez Camus, la condition de l'être humain. La place de l'homme dans la société, valeur intemporelle et universelle. La mise en scène blancoise était suffisamment précise et en même temps sans ancrage dans une époque donnée (l'action aurait très bien pu se passer dans la Grèce antique), ce qui exprimait bien le caractère de l'absurdité de nos sociétés qui ne tiennent pas compte de l'homme. La révolte contre l'incohérence du système paraît le sujet favori de Camus dans toutes ses oeuvres, et dans cette pièce en particulier. Même si on retrouve ce thème chez nombre d'auteurs majeurs du XXe siècle comme Malraux , Sartre, Ionesco et Becket.
Cette pièce, est plus structurée que l'Étranger, où La Peste, peut-être parce que c'est du théâtre et que l'on n'a pas l'habitude de voir une oeuvre de Camus sur scène. La machine qui broie tous les êtres humains en voulant uniformiser chacun, pour que rien jamais ne puisse entraver sa marche et son bon fonctionnement (dixit la secrétaire de la Peste.). Le style, le rythme du récit et les dialogues sont proches de ceux de La Peste. La fin de la pièce apparaît plus travaillée et impressionnante que celle du roman.
La logique, face à l'absurde de la société sont deux thèmes très proches. Ils ont une résonance dans notre vie actuelle, que les structures nous imposent. Combien de personnes sont mises à l'écart, professionnellement ou socialement ? Parce que certains ont décidé que l'on n'avait plus besoin d'eux . Pourquoi aller se battre contre son voisin quand le pouvoir central y à déclaré une guerre ? Pourquoi n'a-t-on pas le droit d'aimer telle ou telle personne pour sa couleur de peau, sa religion, sa façon de penser ou d'être ? Voilà la révolte dans la société d'hier comme d'aujourd'hui . Les dirigeants qui décident de ce que la loi autorise, ou pas, même s'ils ont été élus par le peuple comme dans « nos sociétés démocratiques », sont comme la peste, rampant sournoisement à l'affût de chacun, pour protéger leurs pouvoirs. Voilà la décadence de toutes les sociétés. Le thème principal de la pièce, n'est pas la logique stricte mais l'humanité de chaque chose et de chaque action. Le juge est garant de l'ordre social, non de l'équité.
Toute notre vie est soumise à des décisions autoritaires, qui ne permettent pas à l'homme de s'épanouir réellement.Si une décision ne nous paraît pas logique ou juste, on a le droit de refuser ; le droit à la révolte, dans le respect de chacun évidemment. L'État de siège montre bien ce respect de l'autre ; le seul qui se révolte, Diego en l'occurrence, montre comment il faut se comporter face à l'absurdité, au « fascisme ». Ce n'est pas un hasard si cette pièce a été écrite seulement quelques années après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Comme le disait Rudyard Kipling dans son poème If, « Tu seras un homme mon fils », c'est cela que nous enseigne Diego aux travers de la pièce. Malgré tout, le fait que la mise en scène blancoise soit intemporelle, accentue le caractère universel de ce message.
L'amour n'est pas le thème principal, il est juste présent comme dans chaque existence individuelle. Il fait partie intégrante de la vie d'un homme ou d'une femme. Il est essentiel, certes, mais ce qu'a voulu montrer Camus, n'est pas l'amour mais l'absurdité, la révolte, le désir humain de vivre décemment sa vie. La pièce montre de façon métaphorique, ce que chacun vit, mais d'une manière très réaliste . L'amour est important, mais pas le plus important.
Le rôle de Nada(zéro) qui rejette tout en bloc au début de la pièce, pour ensuite passer au service du pouvoir de la Peste tout en la ridiculisant, et qui finira par retomber dans la dénonciation générale après le départ de celle-ci. On voit une attaque contre ceux qui rejettent tout sans proposer quoi que ce soit à la place. Il est en quelque sorte la voix de la raison qui se corrompt dans le pouvoir, et ne dit-on pas que « le pouvoir corrompt ». La critique, chez Camus, est acerbe contre le pouvoir et l'abrutissement des masses. Nada représente un peu les médias de passes , qui nous abreuvent de nouvelles et de pub pour mieux nous endormir. Ce personnage présente une face de chacun d'entre nous. Le sentiment de révolte qui nous habite tous , et en même temps notre propension à nous plier aux exigences du pouvoir. C'est une autre façon de souligner la critique du système, non pas parce qu'il est celui qui décide, mais parce qu'il est absurde et inhumain.
Diego est bien joué, peut-être pas dans la première partie, où l'acteur semble moins à l'aise. Ensuite, il est très bien dans ses grands discours moralisateurs. Il représente la révolte, le petit grain de sable qui va faire grincer la machine, le résistant à l'oppression (la pièce date de 1948, ne l'oublions pas).
L'emprise de la Peste représente la Dictature, même si le gouvernement qu'il remplace ne paraît pas exempt de tous reproches, comme le dit l'ivrogne Nada. Le rôle de la secrétaire de la Peste est, quant à lui, essentiel. Il représente le basculement entre l'aveuglement du pouvoir, c'est à dire l'acceptation de tout, car cela est dicté, et la prise de conscience que l'on commence à voir vers le milieu de la pièce; lorsque l'on voit apparaître les tendres sentiments de la secrétaire envers Diego. Elle prend conscience de l'incohérence de la situation, des décisions et de l'injustice. Elle commence à se demander si Diego n'aurait pas raison. Par le biais de cet amour, elle en arrive à s'opposer , à refuser et finalement va être l'élément qui« grippe la machine » jusqu'à l'effondrement final. Parce qu'elle est au coeur du pouvoir, elle a une vision globale du système, de la machination. L'autorité est « temporelle » et si un homme seul, rejeté par tous, peut remettre tout en cause alors l'espoir subsiste de voir un jour une société qui s'adapte à chacun et où chaque être humain trouve sa place pour s'épanouir.
Florian nous précise que l'écriture de Camus n'est pas toujours très digeste, c'est un style lourd et verbeux, construit de phrases courtes entassées. Le thème de la Peste est celui du Sida aujourd'hui. L'universalité de cette maladie, liée au sexe, qui touche des millions de gens à travers le monde est l'angoisse de ce début de siècle. Il trouve intéressante l'utilisation qui est faite de ce texte, qui nous pousse à réfléchir, dans un contexte de spectacle d'été, en plein air, dans un lieu fermé, vaste et noble. JL Barrault était déjà partisan de sublimer les barrières de la décoration . Il préférait le décor à la décoration pour mieux impliquer les spectateurs. 

      Lorsque j'ai montré à mesdames M.D..... et C.B........ cette analyse, adressée à différents organismes et passée sur mon site internet, elles ont eu un premier réflexe de stupeur et d'effroi, mêlé d'un brin d'hilarité. Comme je bénéficie de leurs compétences, de leur efficacité et de leur bienveillance , elles se sont contentées de me tancer sur la forme, de me morigéner sur l'expression en me rappelant que puisque je prétends être crédible, fiable et rigoureux , je devrais me dispenser de soumettre un " brouillon " aux alentours. Le tout dans une ambiance narquoise.....

  Merci mesdames , @ de netro    

 

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